06 juillet 2005

Locations : le meilleur du pire (épisode 3)

Ce mercredi 6 juillet l'histoire retiendra principalement l'élimination de Paris 012 face à Londres. Finies les annonces psychédéliques du style : "magnifique studio au 6 ème sans ascenseur avec travaux face au futur village olympique" Dommage pour les sportifs, tans pis pour les politiques. Au moins ça coupera l'herbe sous le pied à ceux qui voulaient s'en servir pour justifier le maintient ou (l'aberrante) hausse des prix dans l'immobilier.

L'histoire retiendra encore cette semaine la condamnation d'une gérante d'agence immobilière dans le sud de la France pour avoir, pendant des années, écarté des étrangers des offres de logement à la demande de quelques 250 propriétaires.

Bien entendu ces derniers ne sont pas inquiétés et c'est bien ça le plus triste.

La semaine dernière un dossier pourtant validé par notre service de gestion a été refusé sans motif valable par le propriétaire. Je dit "valable" parce que, franchement, à part le fait que la candidate soit d'origine antillaise il n'y avait aucune raison : c'était le seul dossier à avoir franchit le parcours d'obstacles et à Paris, même si depuis septembre les choses commencent à changer, au vu des conditions et garanties encore demandées c'est déjà un exploit en soit !

Comme un malaise dans le pays des droits de l'homme...

Ironie du destin, cette jeune fille remontait de la ville rose à la capitale pour poursuivre ses études, sa seule tare, la couleur de sa peau : noir. Noir comme l'immortel Léopold Sédar Senghor, académicien et homme de lettres. Noir comme l'inspiré Jimmy Hendrix, touché par la grâce et guitariste de légende. Noir aussi comme la divine Halle Berry, actrice, si belle que les anges s'en inspirent pour repeindre en cachette les couleurs de l'arc-en-ciel.

-"vous me trouvez des gens bien, hein ?, pas de maghrébins ni de noirs ou d'asiatiques, savez suis pas raciste, c'est pas ça, c'est juste que je préfère, enfin vous voyez..."

Non pauvre naze je ne vois pas, statistiquement la catégorie qui pose le plus de problème en location est constitué par des blancs instruits et aisés travaillant dans le domaine juridique. Notre plus grande catastrophe à ce jour été l'oeuvre d'une "blanche" française, infirmière de son état et qui, pour avoir la loc, n'hésita pas à produire des faux documents, s'en suivit le défaut d'assurance, les règlements tardifs et pour couronner le tout l'incendie de l'appartement dont l'origine me laisse encore aujourd'hui pour le moins perplexe...

Racisme et cupidité vont souvent de pair, le Ténardier n'oubliera pas non plus de préciser que bien évidemment il n'a pas l'intention de mettre la main à la poche et nous rétribuer pour notre travail.

Juridiquement il est à l'abri, en effet, la loi du 6 juillet 1989 indique simplement qu'on doit demander au bailleur la même somme qu'au locataire, les frais d'agence étant partagés pour moitié, rien ne s'oppose donc à ce que l'agence travaille gratuitement pour le bien de la communauté.

Dans les faits, surtout pour les biens déjà en gestion, on va maquiller sous forme d'avoir comptable le cadeau au propriétaire.
Le locataire et le négo, eux, se prennent la carotte, le premier en payant, le second en étant rémunéré sur la moitié de la com.

Une somme de travail équivalente à la vente, une rétribution 10 à 20 fois moindre, des états des lieux interminables (allant jusqu'à celui de la cave !) Des propriétaires névrosés qui pètent les plombs à cause d'un petit trou dans le mur ou une tache sur la moquette, des relances interminables parce que les chiottes font du bruit ou la porte ferme mal, bref que du bonheur...

La palme dans la catégorie bailleur revient néanmoins à l'heureuse propriétaire d'un 40 m2 loué 750 € Bd Davoult dans le 20 ème et qui a réussit à intégrer le foutage de gueule dans le lot.

Cette dame distinguée et dans la fleur (fanée) de l'age appela courant mai pour qu'on lui trouve un locataire rapidement car le sien quittait le F2 à la fin du mois.

Gratuitement, of course.

Dans le métier de négo, plus que partout ailleurs, la chance joue un rôle prépondérant, être au bon endroit au bon moment voilà le secret d'un bon mandat, d'une vente réussie.

Coté poisse je suis assez verni, l'appel fut pour moi, je partait en mission.

Au bout d'une semaine on avait reçu une quinzaine de coups de fil, 10 candidats furent selectionnés. Rendez vous sur place samedi entre 10h30 et 13h30 avec des visites espacées tous les 1/4 d'heure Contrairement à d'autres "confrères" j'estime que les charrettes (visites en troupeau) sont indignes, ne pas faire à autrui....

Revers de la médaille : les coups de lapin, trois ce jour là !

J'avait pourtant pris la précaution de prévenir à l'avance, -"pas de problème, le locataire est en vacances, il ne rentre pas avant une semaine, prenez les clés chez la concierge" tout baigne... sauf que les dieux en on décidé autrement. Au moment ou j'arrive avec la première candidate je croise dans l'escalier le locataire valises à la main, il revient de l'aéroport.

-"vous avez des visites ?, ah ?!, bon, ben on va faire avec, allez, venez, surtout faites pas attention au désordre, je suis parti un peu précipitamment"

Désordre ? Nah..., chantier, capharnaüm, lendemain de typhon oui mais pas désordre. C'est simple pour avancer il fallait faire comme Indiana Jones dans la dernière croisade : par pas chassés, en enjambant des monticules de dossiers, surtout faire attention aux piles de linges en équilibre précaire et ne pas se cogner aux caissons disséminés aux 4 coins. La cuisine ?, un amas de vaisselle et bouteilles vides, dans la chambre on cherchait les lianes pour pouvoir se propulser jusqu'à la salle de bains. Quelle aventure ! Quel bordel !

Heureusement l'humour étant la meilleure défense, dans l'ensemble, ça c'est plutôt bien passé. Une joyeuse galerie de caractères a ainsi défilé pendant près de deux heures avec une mention spéciale au professeur de Tai Chi Juan, traduisez Yoga Chinois, qui, à l'aide de sa boussole, chercha d'emblée les ondes positives. L'orientation magnétique par rapport à l'axe de l'entrée de l'appartement étant satisfaisante nous poussâmes tous un "ouf" de soulagement.

Résultats des courses, à l'arrivée, nous avons : 1 trop cher, 3 je vous rappelle, 2 ne se prononcent pas et 1 je suis intéressé (bien entendu j'ai compté les coups de lapin dans la catégorie des votes nuls)

De retour à l'agence je relate à la propriétaire mon périple et lui annonce triomphant la bonne nouvelle : "habemus dossier !"

Ravie, elle me demande juste quelques petites précisions concernant la nationalité et profession du futur locataire, je la rassure et lui promet de la rappeler en début de semaine après étude du dossier.

Mardi matin en arrivant à l'agence un fax déposé sur mon bureau me délivra de ma promesse, la propriétaire m'avait doublé ! Même en demi-tarif la course s'arrêtait là, mon passager n'avait qu'à descendre et continuer à pied tout seul. Au dîner de con j'avait la place d'honneur.

Et pourtant...rien ne sert de courir; il faut partir à point !

Inspirée par le fabuliste grec Esope cette fable de Jean De La Fontaine reste ô combien d'actualité dans une ère qui à vu voler en éclat les fondements moraux d'une société aujourd'hui bâtie sur l'individualisme et l'absence de scrupules.

Mi juin, mon hôte au dîner de con, osa un second rappel sous prétexte que son protégé s'était désisté à la dernière minute la laissant dans un embarras gênant.

Merci mon Dieu, il y a une justice...

-"je souhaite que vous repreniez les visites, à propos, n'aviez-vous pas quelqu'un d'intéressé ?"

Les plus grandes joies sont souvent internes, sans hausser le ton, calmement, avec simplicité et dignité je l'ai envoyé bouler.


2 Comments:

Anonymous Anonyme said...

ouahou ,c'est vraiment passionnant ce que tu nous racontes là! c'est ecrivain que tu devrais etre,vraiment ..
bon courage

20 juillet, 2005 14:40  
Anonymous Anonyme said...

oauis c est vrai, c est super ton blog, continue comme ça, nous on se regale, et bien fait pour la gueule de cette vieille conne

08 août, 2005 22:17  

Enregistrer un commentaire

<< Home